Une année studieuse, d'Anne Wiazemsky

Publié le 21 Février 2013

"Un jour de juin 1966, j'écrivis une courte lettre à Jean-Luc Godard adressée aux Cahiers du Cinéma, 5 rue Clément Marot, Paris 8e. Je lui disais avoir beaucoup aimé son dernier film Masculin-Féminin. Je lui disais encore que j'aimais l'homme qui était derrière, que je l'aimais, lui. J'avais agi sans réaliser la portée de certains mots."

Pour réouvrir cette rubrique bouquins du blog, je voulais un coup de coeur. Un vrai. Donc le voilà, trouvé dans les rayons poussiéreux de ma bibliothèque (comme quoi oui il y a aussi des nouveautés dans les bibliothèques :p).

Ce roman est un récit d'initiation, comment une enfant de la bourgeoisie catholique parisienne (petite fille de François Mauriac) du XVIème va quitter sa famille à 19 ans pour se marier au leader incontesté de la Nouvelle Vague, Jean-Luc Godard, de 16 ans son aîné et se retrouver dans une université moyenne de Nanterre où elle se liera avec ceux qui feront mai 68.

Tout commence en 1966 lorsqu'après avoir tourné pour Bresson dans Au hasard Balthazar, la jeune Anne qui étouffe dans son univers conservateur et molletonné est remarquée par Godard à l'apogée de sa carrière qui tombe amoureux d'elle immédiatement et cherche à la rencontrer. Dès les premières lignes, c'est une évidence: Anne se pose beaucoup de questions, beaucoup trop de questions pour suivre une voie bien tracée dans les quartiers dorés de Paris, trop anticonformiste, elle a soif d'autre chose et cet autre chose qu'elle attend c'est Godard. En réponse à sa lettre et sans jamais l'avoir rencontré, il la rejoint chez une amie où elle révise son bac, entre eux, le coup de coeur est immédiat et ils deviennent amants. Mais Anne doit se confronter à l'opinion conservatrice et bien-pensante de son milieu et ses questionnements sur l'amour et le sens de la famille sont vraiment intéressantes et elle est loin d'être une jeune fille parfaitement insouciante et irresponsable malgré qu'elle enfreigne les règles de son milieu. Elle nous rapporte aussi des souvenirs du tournage du film La Chinoise ses doutes et ses appréhensions. Mais l'intérêt principal du livre c'est la peinture qu'elle nous fait du monde intellectuel de l'époque, l'auteur parvient à nous montrer cette année où tout va basculer pour elle avec le regard qu'elle avait à ce moment là lorsqu'en une suele année elle rencontre avec émerveillement Maurice Béjart, Jeanne Moreau, Ioneso, Truffaut....et bien d'autres. Le deuxième aspect du livre est le portrait qu'Anne fait de son amant, celui qui lui ouvre les portes de son monde et va l'encourager, elle dresse un portrait très tendre de ce monument du cinéma français, même quand elle rapporte ses défauts (possessif, emporté et colérique) et on sent la place énorme qu'il a occupé dans sa vie. Il y a énormément de poésie dans ce couple, en fait ils paraissent complètement dingues, totalement à côté de la plaque dans un monde qui les dépasse mais tellement émouvants de fragilité.

Cette histoire et tous ces souvenirs m'ont beaucoup fait pensé à une autre autobiographie que j'ai lu cette année, Just Kids de Patti Smith parce qu'elle ont toutes les deux la même fraîcheur, ce ne dont pas des souvenirs figés et même si les auteurs ont connu tous les people de leur temps, ça ne vire jamais au catalogue. Jean-Luc Godard est à Anne ce que Robert Mapplethorpe est à Patti Smith, son guide, ceui qui la fait devenir adulte mais l'incite aussi à échapper aux conventions et laisser sa créativité s'exprimer.

Et vous ? Vous avez lu, aimé, détesté ce roman ? Il vous fait envie ?

Bref vous aurez compris que je vous le conseille, je suis dans une phase lecture en ce moment donc d'autres posts bouquins en perspective =)

A très vite !!

 

Une année studieuse, d'Anne Wiazemsky

Rédigé par Penna

Publié dans #Littérature

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